Histoire des carrières de Gagny
Par YV83-GANDI le jeudi 13 mai 2010, 18:41 - Lien permanent
On trouve sur le site de Gagny Environnement http://gagny.environnement.free.fr/
une remarquable étude sur les carrières de gypse, très documentée, très
illustrée, par monsieur Michel Engelmann- Société d’Etude Historique des
Anciennes Carrières Souterraines – dont voici quelques pages. Nous remercions
monsieur Engelmann de nous avoir autorisé à utiliser son document.
« Si la présence de l’homme préhistorique est attestée dans la région
depuis 150 000 ans , c’est au cours de la dernière glaciation qu’il a commencé
à utiliser le gypse. Ainsi il a creusé les coteaux de gypse pour se protéger
des rigueurs climatiques. C’est d’ailleurs dans une carrière de gypse de
Romainville au lieu-dit « Les Molibous »° que fut découvert un squelette
humain attribué au Moyen Age (aucune datation réalisée à ce jour).
L’exploitation proprement dite ne commence qu’avec les gallo-romains.
L’utilisation du plâtre est d’ailleurs connue depuis le IIe siècle en Aulnoye.
Il provenait de l’extraction à ciel ouvert de la première masse et peut-être de
la seconde masse de gypse. Cependant il est possible qu’il fut exploité bien
avant par quelques populations qui s’étaient implantées dans les massifs
forestiers au nord-est de Paris, dont la forêt de Bondy est un vestige.
De la période qui suit, celle des invasions par les Barbares et les Francs, peu
de choses sont connues. On peut toutefois penser que l’exploitation du gypse
s’arrêta. En effet ils apportèrent avec eux un mode de construction en bois.
L’extraction ne reprit timidement qu’à partir du Vie siècle avec les
Mérovingiens pour la fabrication de sarcophages. C’est sur l’impulsion des
moines cisterciens (vers le XIIe siècle) que l’extraction du gypse va prendre
son essor pour les besoins locaux, les édifices religieux et militaires.
En 1222, une charte mentionne une pièce de terre au lieu-dit « La
plâtrière de Montfermeil ». C’est le plus ancien document écrit à ce sujet.
D’autres indiquent des plâtrières à Livry ou Coubron en 1442, à Noisy-le-Sec
vers 1500, à Livry en 1581 et 1663, entre Livry et Vaujours en 1668. En 1552,
un lieu-dit « Les trous de Chelles » existait déjà à Gagny (Arch.
Nat. Y97). Les Archives nationales (S 5098-A) mentionnent aussi un lieu-dit
« Les Plastriers » en 1683. On connait pour cette période quatre
marchands plâtriers et cinq plâtriers qui exercent sur la commune. Il s’agit de
Guillaume Henry en 1643, Marc Moreau dit Préaumont et Noël Aubert en 1658,
François Colas en 1681 qui étaient marchands plâtriers et de Gilles Mouton
« greffier et plâtrier » en 1692, Louis Leroux en 1710, Jean Fournage
en 1722, Nicolas Fournage en 1753 et François Rochais en 1773 seuls plâtriers
connus durant ces années d’avant la Révolution.
Les levés géométriques de l’abbé de La Grive (carte des environs de Paris,
feuille n°2) de 1740 mentionnent de nombreuses plâtrières dans le massif de
l’Aulnay dont deux exploitées à ciel ouvert à Gagny. L’une est située vers Le
Raincy et l’autre au centre. Chacune avait une superficie d’environ un hectare.
Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, une troisième carrière apparait
à l’est vers Chelles. La superficie était déjà de deux hectares et demi environ
alors que celle des deux précédentes avait à peine augmentée. En 1786, la
paroisse de Gagny possède environ 1000 mètres carrés de terre qui étaient
d’anciennes plâtrières. Cette même année, un aveu mentionne deux
lieux-dits : « Les carrières » et « Sur les carrières ». Ce
deuxième lieu-dit pourrait indiquer l’une des premières exploitations
souterraines de Gagny. C’est en effet à cet endroit qu’une carrière de seconde
masse, aujourd’hui inaccessible, a été topographiée au début du siècle. Le plan
montre des galeries creusées de façon anarchique. Cette carrière serait
contemporaine du XVIIIe siècle. Le même aveu indique le lieu-dit « Les
carrières de Saint-Germain » (au centre de Gagny). En 1794, le registre de
délibération du conseil municipal mentionne la rue des plâtriers qui correspond
aujourd’hui à la rue Jules Guesde.
Après la Révolution, en 1793, un riche propriétaire, l’agronome Payen fut
accusé d’accaparement. Les carrières qu’il avait achetées en friches à Mme
Michel furent vendues. On y comptait quatre fours à chaux ainsi qu’un canal
permettant l’acheminement du gypse jusqu’au port de Gournay-sur-Marne. C’est
Payen qui avait fait creuser ce canal. Les carrières furent rachetées comme
bien national par M. Saint-Pierre qui leur donna son nom. En 1845 M. Alexandre
Henri Victor exploitait une carrière de gypse à ciel ouvert. Le XIXe siècle est
marqué par un progrès considérable des techniques. L’arrivée du chemin de fer
va modifier l’organisation de la plus ancienne industrie du pays d’Aulnoye. En
1846, la municipalité convainc la compagnie de chemin de fer de construire une
station à Gagny et non à Villemonble. Pour ce faire elle avança le chiffre de
sa population très supérieur à celui de sa concurrente, insista sur la présence
de sa carrière de pierres à silex et de ses « six belles carrières de
pierres à plâtre en pleine exploitation, quand Villemonble n’en possède qu’une
presque abandonnée (…) et que les hauteurs qui couronnent la commune présentent
des masses gypseuses d’une grande richesse n’attendant que la proximité d’un
point de déchargement pour s’ouvrir à l’industrie. » Le chemin de fer et
la construction d’une gare furent une aubaine pour l’évacuation des matériaux
extraits des carrières. Il y avait bien le « canal de Monsieur
Roger » qui servait à acheminer le gypse extrait des carrières de l’est
jusqu’à la Marne au port de Gournay. Mais l’emploi de chevaux et tombereaux
restait indispensable. L’arrivée de ce nouveau moyen de transport va aussi
permettre aux autres carrières d’évacuer plus facilement le gypse et de se
développer. Les trois sites d’exploitation vont peu à peu se doter d’un réseau
de voies de type Decauville.
En 1859, les carrières s’étendent considérablement, notamment parce qu’un
décret de 1810 interdit l’exploitation souterraine du gypse à Paris en tolérant
toutefois l’extraction à ciel ouvert jusqu’en 1860. Celles situées à l’ouest
doublent leur superficie. C’est l’époque où les petits exploitants
disparaissent pour faire place à de riches familles qui se spécialisent dans ce
type d’industrie. Il s’agit des familles Pachot, Pivot, Grevellé, Aubry et
Mussat qui ont entre elles des liens plus ou moins proches. En 1865, trois
plâtriers exerçaient sur la commune.
La guerre de 1870 stoppe momentanément l’exploitation des couches gypseuses.
L’avancée des Prussiens vers Paris incite l’armée française à détruire des
récoltes et 120 000 bourrées °°° contenues dans les carrières de Gagny pour
éviter qu’elles ne tombent aux mains des ennemis. Personne ne comprit ce geste
puisque la majorité des récoltes étaient stockées dans des propriétés.
L’incendie avait provoqué la destruction de matériels d’exploitation, de
diverses marchandises et le glissement de 60 000 mètres cubes de terre. Les
frères Pachot estimèrent les dégâts à 120 000 francs.
C’est après la guerre que furent implantés sur chaque site de carrières, des
usines à plâtre afin de réduire les coûts de transport. C’est alors que
commence l’exploitation industrielle du gypse. A l’ouest l’entreprise
Aubry-Pachot exploite déjà par puits. L’exploitation à ciel ouvert est
d’environ quatre hectares. Au centre, rue Jules Guesde, c’est l’entreprise
Mussat-Binot qui s’installe. Les carrières « Saint-Pierre », situées à
l’est, sont exploitées par Roger et Faitout et ont d’ailleurs fourni une grande
partie du plâtre pour la construction de divers palais de l’Exposition
universelle de 1889. Plus tard, elles furent reprises par la firme Poliet &
Chausson au titre d’amodiataire. Elles alimentaient une usine à plâtre située à
Gournay-sur-Marne.
En cette fin du XIXe siècle, la main-d’œuvre, essentiellement locale, logeait à
proximité des carrières « Saint Pierre » dans le lotissement des
Abbesses. En 1921, la firme Poliet & Chausson absorbe la société des
Plâtrières Réunies du Bassin de Paris. Celle-ci l’oblige à racheter le matériel
et les terrains pour la somme de trois millions de francs. Par la suite elle en
revendit une partie pour un prix très avantageux.
Entre les deux guerres mondiales, l’exploitation souterraine est très intense,
ceci grâce aux nouvelles techniques qui apparaissent peu à peu. Les trois
usines à plâtre embauchent alors des descendants des Bretons, venus pour la
construction de la ligne de chemin de fer, et des Italiens ouvriers dans le
bâtiment. L’exploitation à ciel ouvert par gradins est définitivement
abandonnée. C’est aussi pendant cette période que les entreprises investissent
dans de nouveaux équipements pour faire face à la demande croissante dans le
secteur du bâtiment. L’usine Aubry-Pachot envisage d’extraire le gypse au moyen
de haveuses électriques pour augmenter sa production de 100 000 à 120 000
tonnes par an. L’usine Poliet & Chausson choisit plutôt d’acquérir des
fours supplémentaires pour doubler sa production qui passerait alors à 1000
tonnes par jour. Cette entreprise ferma en 1939, à la veille de la seconde
guerre mondiale. Une partie des galeries de seconde masse furent rachetées par
Zinetti pour la culture du champignon. Elles appartiennent depuis 1960 à la
société France Construction. La ville de Gagny est propriétaire d’une petite
partie située au niveau du cimetière. Après la seconde guerre mondiale, deux
usines continuaient de fonctionner et employaient une main-d’œuvre maghrébine.
Les carrières de l’ouest fermèrent en 1956 pour s’installer à Livry-gargan.
Elles appartiennent aujourd’hui à l’entreprise Marto . Enfin, les carrières du
centre, celles de l’entreprise Mussat-Binot rachetées par Lafarge cessèrent
leur activité en 1965. Une partie appartient actuellement à Zinetti.
Depuis quinze ans, les carrières souterraines sont en voie de remblaiement. Les
travaux sont réalisés grâce à des camions dont le dessus de la cabine est
matelassé pour parer les chutes de pierres. Les blocs instables sont écroulés à
l’aide de barres de purge pour permettre le passage des camions sans trop de
risques pour les conducteurs. »
Et leur suite …. les champignonnières
« Etienne Boreau semble être le premier à avoir cultivé le champignon à
Gagny. En 1873, il loua pendant trois ans à Victor Alexandre et Louis Malézé,
une carrière de seconde masse. Il lui en coûta 200 francs par an. En 1891, un
rapport du service des mines mentionne une champignonnière exploitée par
Desmarets.
La famille Zinetti, arrivée à Gagny vers 1880, commença la culture du
champignon vers 1897. Ses champignonnières furent alors installées dans les
galeries de haute masse et surtout de seconde masse où elles devinrent les plus
importantes d’Ile-de-France. Dans les années soixante-dix, les quatre
champignonnières de la ville produisaient 500 kg de champignons par jour. Elles
faisaient vivre quatre-vingt familles pour la plupart des Italiens et Portugais
qui étaient logés gratuitement quand cela était possible.
Cultivés suivant le procédé du « chaînage », c'est-à-dire en meules,
jusque dans les années soixante-dix ou quatre-vingts, on fit ensuite pousser
les champignons dans des sacs remplis d’un mélange de fumier et de gypse broyé
et tamisé. Cent tonnes de fumier par mois étaient nécessaires. Il provenait des
écuries de la Garde républicaine à Paris et des écuries de courses
(Fontainebleau en particulier) …La culture du
champignon cessa à Gagny en 1992 où la production atteignait 2,5 tonnes de
champignons et une tonne de soja par jour. »
Note de Jean Lécuyer : Jusqu’à mes 6 ans ma famille habitait,
à Livry-Gargan, au coin de la rue de l’église et de la rue Croix-Richard, juste
en face de l’église, et je me souviens d’un passage continu de camionnettes
bleues Peugeot venant de Paris et fonçant vers les carrières de gypse de Livry,
remplies de crottins de cheval – ça humait fort et ça tombait un peu par terre
aussi.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ° Les Molibous est un mot dérivant de « bove » qui désigne encore aujourd’hui des caves, des cavernes ou des grottes servant d’abris °° Une bourrée est un fagot de bois destiné au chauffage.
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Gypse Pied d'alouette

Provenance Cormeilles en Parisis (95) - Collection personnelle Y.
Vergez
Voir le site : http://www.cergyrama.over-blog.com/article-30703497.html
Gypse Fer de lance

Provenance Vaujours (93) - Collection personnelle Y. Vergez
Voir le site : http://ruedeslumieres.morkitu.org/apprendre/gypse/histoire/index_histoire.html
Gypse Rose des sables

Provenance Tozeur (Tunisie) - Collection personnelle Y. Vergez